Comment promouvoir la langue française dans l’entreprise ?

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Exposé de M. Charles MAINGUET
Directeur de l’information et des relations extérieures de la CAMIF

COMMENT PROMOUVOIR LA LANGUE FRANÇAISE DANS L’ENTREPRISE ?

 

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, c’est seulement un exemple que je veux vous présenter aujourd’hui. Dans le cas de la CAMIF, la promotion de la langue française est liée à trois facteurs favorables.

D’abord, une volonté du Conseil d’administration, c’est très important, ensuite la nature de nos activités et en troisième lieu, la qualité de nos clients. À la CAMIF d’ailleurs nous ne disons pas clients, nous disons sociétaires.

Alors d’abord une volonté du Conseil d’administration. Parmi les grandes lignes stratégiques qui définissent les orientations à long terme de notre entreprise, figure l’emploi de la langue française dans tous nos écrits.

Ensuite, et deuxième facteur favorable, la nature de nos activités. Nous sommes une entreprise de vente par correspondance, la communication écrite et la communicatjon orale occupent une place essentielle dans notre activité.

Communication commerciale, nous éditons des catalogues de plus de 1000 pages. Globalement ce sont des milliers de pages qui sont écrites par an, qui sont diffusées à des millions d’exemplaires, 11 millions d’exemplaires si je cumule tous les catalogues.

Communication institutionnelle, nos rapports d’activité, la plaquette de présentation de l’entreprise, des dossiers de presse, nous prenons un soin attentif à ce que nos dossiers de presse ne comportent pas d’anglicismes.

Ensuite, et c’est aussi important, la communication en direction du personnel, le magazine interne, les journaux lumineux, et les vidéo magazines.

Pour chacun de ces moyens de communication, nous sommes attentifs aux mots que nous employons, et quand je suis arrivé à la CAMIF en 1985, donc ça fait neuf ans, déjà à l’époque nous employions couramment le terme mercatique, le terme publipostage, nous avons toujours fait des publipostages à la CAMIF, et ces deux termes-là sont totalement répandus, tous les membres du personnel emploient ces termes-là. Depuis nous analysons le marchandisage dans nos magasins. Dans notre magazine interne nous faisons des articles sur le superdiscompte ou les techniques d’influençage.

Nous éprouvons parfois des difficultés. Le mot anglais résiste souvent à la traduction. D’ailleurs, le fascicule de l’APFA nous est très utile puisque nous y puisons très souvent des équivalents pour remplacer les mots anglais dans nos catalogues, mais il arrive très souvent aussi que ces mots anglais soient polysémiques, et la traduction n’est pas aussi simple qu’elle peut paraître à première analyse. Donc il faut trouver des mots nouveaux, des mots compacts aussi, et c’est un conseil que je donnerai aux linguistes, une expression trop longue pour traduire un mot, c’est donner moins de chance à l’avenir de son équivalent. Je crois qu’il faut trouver aujourd’hui des mots compacts. Nous référençons plus de 60.000 produits dans nos catalogues, les notices techniques de ces produits sont le plus souvent en anglais, et il est parfois difficile de rendre compte par un seul mot d’une fonction d’un produit. Je ne veux pas prendre d’exemple anglais, mais aujourd’hui le mot « loundness » n’est pas facile à traduire d’une manière simple. Il faut aussi penser que ce mot a une autre acception pour une arme, et le consommateur ne l’admet pas toujours aussi facilement que cela.

Nous sommes obligés de donner une définition au mot. Par contre, le mot baladeur est un exemple de réussite, il est devenu familier, et c’est le parfait exemple de mot qui passe très bien dans la langue française.

Nous parlons de communication écrite, mais nous pouvons parler aussi de communication orale. Nous n’exerçons aucun contrôle spécifique pour demander aux salariés de parler avec des mots français. Nous exerçons ce que nous pouvons appeler une douce pression managériale. Dans leur communication orale devant un public extérieur, il est recommandé aux cadres de la CAMIF d’utiliser des mots français.

Nous ne sommes pas parfaits. Les entorses sont fréquentes, particulièrement dans deux secteurs de notre entreprise. D’abord l’informatique. La plupart des documents sont écrits en anglais, et les informaticiens continuent, presque malgré eux, d’employer une terminologie dans laquelle les anglicismes sont courants. Et puis il y a le monde de la publicité. Vous savez, créer un catalogue, c’est proche de la publicité. Et dans ce cas, c’est plutôt par snobisme. Snobisme, le sentiment d’appartenir à un groupe à part.

Troisième facteur favorable dans notre entreprise coopérative, la qualité de ses clients. Tout écart de langage dans nos catalogues est sanctionné. Il est sanctionné par un courrier de la part de nos sociétaires. Si nous laissions un anglicisme dans nos écrits commerciaux, ils nous demanderaient de les corriger. Nous nous adressons prioritairement à des enseignants, et fort heureusement, les enseignants sont attentifs à l’usage de la langue française.

Alors comment promouvoir le français dans l’entreprise ? Je dirai d’abord, sensibiliser le personnel. L’exemple vient d’en haut. J’étais au Japon il y a quelque temps, et j’ai appris une expression là-bas qui disait que « l’eau tombe du toit ». L’exemple vient d’en haut. Donc sensibiliser le personnel. Contrôler aussi la qualité de la rédaction, contrôler la qualité de nos écrits. Et ensuite exercer cette douce pression managériale.

Je souhaite affirmer que notre attitude n’est pas perçue en interne ou en externe comme étant passéiste. Au contraire, nous recevons des témoignages de sympathie. il en va des anglicismes comme il en va du tabac, on me dit parfois : « c’est bien ce que vous faites, mais moi je ne peux pas m’empêcher de parler anglais », comme on dit : « c’est bien de ne pas fumer, mais moi je ne peux pas m’empêcher de fumer ».

Et j’affirme à nouveau que parler français n’est pas une attitude passéiste. C’est au contraire une attitude de conquête. Défendre la langue française, pour nous, c’est défendre notre patrimoine culturel, c’est aussi défendre notre économie.

Comme je vous le disais, à la CAMIF nos écrits ne doivent pas comporter d’anglicismes, c’est une ligne de notre stratégie  mais à la CAMIF aussi la formation aux langues vivantes, particulièrement à l’anglais, est aussi une ligne de notre stratégie.

Tous les nouveaux cadres doivent maîtriser au moins une langue vivante. Des formations continues à l’anglais, à l’allemand, à l’espagnol, sont proposées au personnel. 30 % des effectifs de notre entreprise suivent ces formations. Mais des formations continues sont proposées aussi dans le domaine de l’expression orale et dans le domaine de l’expression écrite françaises au personnel peu qualifié.

Parler en français en France, maîtriser au moins une autre langue vivante, cela peut paraître antinomique, voire ambigu, et pourtant c’est le reflet d’une réalité, chez nous en tout cas, c’est aussi le reflet d’une ambition économique. Première ambition économique, c’est bien servir nos sociétaires sur le territoire national, et deuxièmement nous développer sur le plan international. Et l’année 1994 a été marquée pour nous, par deux implantations à l’étranger : en République tchèque et au Portugal. Tous nos documents sont ainsi traduits en plusieurs langues, en portugais, en tchèque, en anglais, en espagnol.

Je vous remercie de votre attention.

 

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